Grande distribution : gare aux arnaques !

Grande distribution : gare aux arnaques !
iStock / Gettyimages

Comment voulez-vous profiter de l'article ?

Quand on prend le temps, faire ses courses dans une grande surface réserve d’étonnantes découvertes. Comme au rayon pâtes de cet hypermarché Carrefour aux portes de Paris, où les coquillettes Panzani coûtent moins cher en sachet de 500 g (1,26 € le kg) qu’en boîte de 1 kg (1,58 €).  C’est à croire que l’enquête de 60 Millions de consommateurs, qui dénonçait il y a presque dix ans les astuces des fabricants pour camoufler les hausses de prix, n’a pas modifié les pratiques. À l’époque, on invoquait la flambée des coûts des matières premières pour justifier de telles entourloupes. Aujourd’hui, on brandit la guerre des prix – librement fixés par les distributeurs – qui lamine les marges. De fait, ce sont les consommateurs, que l’on embrouille. Petit florilège des embûches semées dans les linéaires.

La ruse des formats qui déboussole
La comparaison des prix était aisée quand le lait se vendait en bouteille de 1 litre ou le chocolat à croquer en plaque de 200 g. Ces « quantités nominales » ont volé en éclat depuis cinq ans avec la libéralisation des formats de tous les articles de grande consommation, décrétée par une directive européenne. Les industriels se sont engouffrés dans la brèche, multipliant les conditionnements plus petits, censés désencombrer nos placards. La tablette de chocolat de 180 g côtoie ainsi celle de 200 g et le kilo de sucre en poudre son alter ego de 700 g. La palme du casse-tête revient aux lessives disponibles en dosettes, en poudre et en gel liquide. Difficile de repérer la plus économique des offres quand les unes nous promettent un nombre de lavages et les autres un volume de lessive. Méfiance aussi si vous fréquentez plusieurs magasins. Les formats varient selon les circuits de distribution. Lidl est par exemple la seule enseigne à vendre du Coca-Cola en 2,5 litres. « Une astuce pour empêcher la comparaison entre les distributeurs et s’épargner une guerre des prix », décrypte Olivier Dauvers, expert de la grande distribution.

La technique du moins pour plus cher
Vous connaissez le downsizing ? Il consiste à réduire discrètement le poids d’un article, sans diminuer son étiquette et permet de vendre à un prix supérieur. L’exemple le plus décrié sur les réseaux sociaux ? Celui du Toblerone, qui a perdu deux triangles dans son emballage d’origine en étirant l’espace entre ces fameux triangles. Pour le même tarif, la barre de 400 g ne pèse plus que 360 g et celle de 170 g perd 20 g. Citons encore les paquets de chips en partie remplis de vide. « L’idée consiste à jouer sur la taille réelle et sur le remplissage », décode Romain Girard, chargé de mission à l’association de consommateurs Familles Rurales. Au risque pour la marque d’écorner son image quand la ficelle est trop grosse.

Le coup de l’emballage sophistiqué
La qualité a un coût. Mais l’addition est salée quand la sophistication ne concerne que l’enrobage du produit plutôt que ses qualités intrinsèques. Les demi-morceaux de sucre rond Daddy coûtent environ 1,72 € le kg. Si vous optez pour le paquet de bûchettes, façon bistrot d’à côté, le prix grimpe à 4,88 € le kg ! Les biscuits ou les portions de fromage en sachets individuels, si pratiques à glisser dans la poche, nécessitent davantage d’emballage, ce qui se répercute sur le ticket de caisse des acheteurs. N’empêche, « les fabricants profitent d’un effet d’aubaine pour accroître leur marge, explique Olivier Dauvers. Ils auraient tort de s’en priver puisque les consommateurs sont prêts à payer plus cher un tel conditionnement ».

Le truc de la recette modifiée
Si vous craquez pour une glace ou un sorbet, sachez que vous achetez en partie… de l’air. C’est l’ingrédient que les industriels ajoutent pour gonfler leur volume et dans la foulée leur marge. Un subterfuge qui n’a pas échappé aux fins limiers de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), l’organisme chargé d’opérer les contrôles. « Un règlement européen oblige maintenant les fabricants à indiquer la quantité de glaces en masse et non en volume. Nous vérifions régulièrement que c’est bien le cas pour permettre une information loyale des consommateurs », indique Loïc Tanguy, le directeur de cabinet.. L’eau non plus ne coûte pas cher. C’est pourquoi elle s’invite copieusement dans les produits qui peuvent en absorber, tels la charcuterie, les yaourts ou les desserts. « Le stratagème de la recette modifiée touche aujourd’hui davantage les premiers prix que les grandes marques, qui n’ont aucun intérêt à décevoir leurs consommateurs fidèles », nuance Lionel Maugain, chez 60 Millions de consommateurs. Ce qui conduit parfois à des offres ubuesques. Les sodas bas de gamme, par exemple, sont « light » sans le dire puisqu’ils remplacent le sucre par de l’aspartame, un édulcorant certes plus cher mais au pouvoir sucrant mille fois supérieur, ce qui leur permet de réduire les coûts.

Le leurre du format économique
Vous pensez faire une affaire en achetant tel paquet de corn-flakes ou de riz en taille XXL ? Certes, l’article coûte moins cher au kg. Admettez pourtant que vous déboursez davantage puisque vous achetez une plus grande quantité et, surtout, que vous consommerez davantage. L’américain Brian Wansink, expert en comportement alimentaire, a ainsi prouvé que les consommateurs augmentent leur portion de 20 à 25 % quand le format du produit est plus grand. Et puis, à la longue, se profile le risque du gaspillage de cette marchandise qui nous lasse et qu’on laisse de côté.

La tactique des fausses promotions
Feinte récurrente dans les rayons : les faux rabais sur les lots et autres packs promotionnels. Il arrive que la réduction annoncée de 50 % ne fasse plus que 25 %, comparée à l’article qui n’en bénéficie pas. Voire même que l’article à l’unité se révèle plus intéressant qu’en lot de 2 ou plus ! Pourquoi ? Parce que le prix des produits peut être revu à la hausse ou à la baisse, en fonction de la concurrence. « Deux enseignes rivales, à proximité l’une de l’autre, vendront la plaque de beurre Président au même prix. Mais si l’une d’entre elles est la seule à proposer une promotion en lot de 2 plaques, elle sera tentée de changer le prix puisqu’elle n’est pas concurrencée sur cette offre », explique Lionel Maugain. Une pratique frauduleuse ? « Si la réduction est calculée à partir d’un prix farfelu, elle sera qualifiée de trompeuse et passible d’une sanction pénale devant les tribunaux », prévient Loïc Tanguy à la DGCCRF, qui pointe une autre pratique déloyale fréquente : la fausse disponibilité. On vous appâte avec une promotion à tout casser en catalogue mais au point de vente, le produit bradé est déjà en rupture de stock. « Attention, promotion ne veut pas forcément dire «moins cher», parfois seulement «mise en avant» », prévient Lionel Maugain. On se laisse ainsi facilement duper par des formules du genre « 2 produits +1 », ce qui ne signifie pas « 3 pour le prix de 2 ». À vous de décoder la sémantique !

Lire aussi Faire ses courses en ligne : notre banc d’essai des supermarchés