Polémique Brigitte Lahaie : "Evoquer la jouissance quand on parle de viol est une insulte aux victimes"

Polémique Brigitte Lahaie : "Evoquer la jouissance quand on parle de viol est une insulte aux victimes"
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Ses propos ont provoqué un véritable tollé. Sur BFM TV, Brigitte Lahaie, une des signataires de la tribune du Monde s’opposant aux mouvements #metoo et #balancetonporc et défendant "la liberté d’importuner", a affirmé : "On peut jouir lors d’un viol, je vous signale", face à la militante féministe Caroline De Haas, elle-même victime de viol.

Des déclarations qui ont laissé son interlocutrice sans voix, avant que celle-ci ne s’exprime sur Twitter : "Le corps d'une victime de violence peut réagir de plein de manières différentes. Cela ne change rien au fait que le viol est un crime. Placer cette phrase alors que l'on parlait de plaisir sexuel donne un sentiment de banalisation de la violence", a-t-elle écrit. Le docteur Emmanuelle Piet, gynécologue et présidente du Collectif Féministe Contre le Viol (CFCV) est du même avis : "Evoquer la jouissance quand on parle de viol est une insulte aux victimes", précise-t-elle à Femme Actuelle.

Ne pas confondre stress intense et excitation

Le médecin explique que pendant un viol, le corps peut apporter une réponse physiologique troublante, qui ne doit nullement être confondue avec du plaisir. "Il s’agit d’un mécanisme de dissociation accompagné d’une décharge d’endorphine permettant au cerveau de déconnecter pour échapper à l’horreur", précise Emmanuelle Piet. C’est pourquoi certaines victimes s’évanouissent, ou ont des pertes de mémoire après avoir été violées.

Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie ajoute que lors d’un viol, la victime peut être colonisée par l’excitation de son agresseur, ce qui provoque cette fameuse déconnexion entre le physique et le psychique. Quoi qu’il en soit, cela n’a rien à voir avec de la jouissance. Parler d’orgasme dans ce contexte est donc hors de propos : "L’orgasme est indissociable de la relation à l’autre, de ce que l’on vit, de ce que l’on pense et de ce que l’on ressent. Dans le cas d’un viol, il s’agit donc d’une disjonction liée à une tension extrême. Il ne faut pas confondre stress intense et excitation". 

Déni et culture du viol

Une confusion qui, pour la psychiatre, est le signe d’une méconnaissance totale de l’impact du viol et de ses conséquences psychotraumatiques sur les victimes. "Ces propos choquants nous replongent dans le déni et dans la culture du viol, alors que la situation était en train d’évoluer et que la parole était en train de se libérer grâce à des mouvements tels que #metoo et #balancetonporc", explique-t-elle.

Depuis, Brigitte Lahaie a fait son mea culpa et a tenté de clarifier ses propos. "Je regrette que cela ait été mal compris et sorti de son contexte. J’aurais peut-être dû ajouter ‘malheureusement’. Ce que je voulais dire, parce que je connais par cœur les questions de sexualité, c’est que parfois, le corps et l’esprit ne coïncident pas", a-t-elle déclaré sur le plateau de l’émission L’Invité, diffusée ce vendredi sur TV5 Monde. Pas sûr que cette mise au point contente les victimes de violences sexuelles.

Le Collectif Féministe Contre le Viol propose une ligne d'écoute anonyme et gratuite, accessible au 0 800 05 95 95.

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